• Extrait de : Les animaux sauvages de la forêt de Fontainebleau
    P. Lustrat. 1998. Les éditions du Puits fleuri.

    Le Sanglier est la dernière « bête sauvage » capable de nous effrayer, lorsque de nuit, on s’aventure en forêt. Ses grognements ou le bruit de sa fuite sont d’ailleurs souvent le seul contact établis avec cet animal farouche. Si le sanglier est discret, les traces de son passage le sont moins : il laboure le sol à l’aide de son puissant groin à la recherche de vers ou de rongeurs. Les sangliers sont donc très utiles en forêt, car ils ameublissent et aèrent la terre, enfouissant des graines et des fruits. Par contre, dans les cultures, les dégâts peuvent être considérables et nécessitent la pose de protection (grillage ou fils électriques) en des endroits bien précis, afin de ne pas empêcher les déplacements de ces animaux.
    Rencontrer le sanglier en forêt est difficile ; doué d’un excellent odorat et d’une ouïe très fine, il repère l’observateur de loin et l’évite. L’affût près des lieux de gagnage (lisière de champs) ou près des souilles permettra d’observer le sanglier, à condition d’être placé sous le vent, ou mieux d’être perché. Il est préférable de tenter d’observer le Sanglier par nuit de pleine lune, car il est bien souvent nocturne. Si l’on est silencieux et placé à bon vent, il est possible de l’observer de très près car sa vue est médiocre, et un observateur immobile est confondu avec un arbre.

    Par des nuits claires, j’ai parfois suivi ainsi de très près des compagnies de sangliers sans qu’ils ne se doutent de ma présence, les accompagnant dans leurs errances nocturnes.

     

    Les laie construisent un nid douillet appelé chaudron composé surtout d’herbes pour mettre bas leurs petits. J’ai trouvé plusieurs fois de tels abris, dans les jeunes sapins de la Behourdière ou de la plaine de Macherin. Près des étangs de Sorques, une laie vient mettre bas tous les ans, vers la fin février dans les hautes herbes d’une petite île, à quelques mètres du bord ; elle quitte ses petits à la nage pour aller se nourrir.

     

    Un jour très froid de décembre, sur les hauteurs de la Solle, un marcassin en livrée, venu de je ne sais où, nous a suivis toute la matinée Michel Agron et moi-même, se laissant presque toucher.

     

    Les laies accompagnées de marcassins ont la réputation d’être agressives. Néanmoins, elles chargent rarement. J’ai plusieurs fois approché à quelques mètres des marcassins, la mère est restée à proximité, grognant et grinçant des dents, en attendant mon départ. Une seul fois, une laie m’a chargée, alors que j’étais à un mètre de ses marcassins pourtant déjà grands, et j’ai dû me réfugier dans un arbre en attendant le départ de la compagnie,  composée de 5 adultes et de 20 jeunes...

     

    Le sanglier vit presque toujours en bande. 12 % seulement de mes observations concernent des individus isolés.

     

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    Données historiques 
     

     

    Le docteur Paulet (1740-1826), médecin en chef des hospices de la ville, a constaté que les sangliers avaient été détruits pendant la révolution, et que l’on devait à leur disparition, le pullulement des serpents (Alleau 1967).Au temps de Charles V, la forêt de Fontainebleau « était si abondante en bêtes rousses et noires » (Loiseau, 1970). En 1935, Dalmon indique que le sanglier « n’est plus qu’un hôte, espèce d’animal de passage, vagabondant et rare ». Loiseau, en 1970 écrit que « victime de l’urbanisation et des battues, il se raréfie, mais n’a pas disparu ».  

     

    L’effectif de la population de sangliers de la forêt de Fontainebleau n’est pas connu avec précision en raison des difficultés, voire de l’impossibilité de compter ces animaux.

     

    Le sanglier est chassé uniquement en battue, L’office National des Forêts encourage le tir des animaux de moins de 50 kg.
    Le braconnage du sanglier se fait généralement à l’aide de collets disposés dans les ronciers (fabriqués avec des câbles de vélo) comme j’ai trouvé aux Vieux-Rayons,  un chien encore vivant capturé avec un tel piège, ou avec de puissants pièges à mâchoires.

     

    Un jour d’été, j’ai trouvé dans les Monts Girards, un gros solitaire mort, le groin brisé certainement par une voiture. Je me poste en affût avec François Mougeot le soir suivant, pour voir quels animaux viennent se nourrir du cadavre. Mais il n’y a que des jeunes sapins, impossible de nous percher, et nous devons quitter notre affût dès la nuit car il n’y a pas de lune. Le lendemain, je viens, de nuit avec une lampe, et je fais fuir une bande de Sangliers en train de dévorer le cadavre de leur congénère, ce qu’ils ont fait en quelques nuits...

    Le sanglier entre parfois en ville comme j’ai pu le constater à Samois (dans les chemins entre les maisons) et même parfois à Fontainebleau, venant manger dans les poubelles des maisons situées en lisière de forêt.
      

     


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     Extrait de :  40 animaux faciles à voir en forêt. 2005.Tetras éditions.       

     


    Le dernier à nous faire peur 

    Le sanglier est la bête sauvage qui incarne le mieux la forêt primitive. C'est aussi le dernier animal sauvage a nous faire peur… Bien qu'il n'y ait aucun danger à croiser une compagnie de sangliers, ou un vieux solitaire, il faut bien avouer que l'on sent son cœur battre plus vite en cas de rencontre à faible distance ! Pourtant, même accompagnée de ses marcassins, le sanglier ne charge pas l'homme à moins d'être blessé, ou… d'être issu d'un élevage où il a appris à venir vers l'homme chercher sa nourriture ! 
        

     

    Quel sexe et quel âge ?

     

    La femelle a les oreilles pointues, un boutoir (museau) nu et gris, et ses crocs sont moins développés que chez le mâle ; ses mamelles sont apparentes quasiment toute l’année  Le mâle a une hure plus courte, un avant-train plus massif et plus lourd, son aspect d’ensemble est plus ramassé. Ses défenses sont beaucoup plus longues que chez la femelle.Les « suites » (nom donné aux testicules du sanglier)  sont visibles entre ses cuisses, ainsi que le "pinceau" (pénis).  Les empreintes permettent de différencier les sexes : les pinces (extrémités des empreintes) des femelles sont plus pointues et plus écartées à leurs extrémités que celles des mâles. Les gardes (ou « os », sont les deux onglons qui terminent les doigts rudimentaires des ongulés) débordent des empreintes chez le mâle. 

     


    Au printemps : Une joyeuse compagnie

     

    Les premières portées ont lieu au début du printemps. La laie s’isole pour mettre bas. Elle construit un nid appelé « chaudron » dans un endroit bien caché : sous les branches basses d’un sapin, sous un chablis ou dans un tas de branches, voire un roncier épais. Elle le garnit de fougères, mousses, et herbes. Le nid ressemble à un tas de foin ou à une gigantesque fourmilière. A la naissance des jeunes (1 à 8 marcassins), il ne faut pas s’approcher car certaines mères sont agressives. Les marcassins peuvent se tenir debout au bout de quelques heures. Mais ils restent au gîte une semaine, la mère restant avec eux la plupart du temps. Au bout de 2 à 3 semaines, les jeunes suivent la mère qui retrouve d’autres laies. Les animaux vivent alors en compagnie bruyante car les jeunes jouent et se battent sans cesse.

     


    Bon à savoir :

    Des coulées bien marquées

     

    L'observation des marcassins est amusante, car ils ne restent jamais en place ; ils n'arrêtent pas de jouer et de se battre. Il faut rechercher les compagnies le soir à la tombée de la nuit en forêt, près des lieux où ils vont se nourrir. Lors des pluies printanières, ils recherchent les vers qui remontent dans les prairies ou sur les bordures herbeuses des chemins et routes.

     

    Ils commencent aussi à fréquenter les cultures. Par nuit de pleine lune, si le temps est dégagé, il est possible de les observer se nourrir dans les champs. Les coulées qu'ils utilisent et les traces qu'ils laissent permettent de localiser les passages qu'ils utilisent. On peut les guetter le soir lorsqu'ils  sortent des bois (de préférence dans des affûts perchés, car ils sont très prudents au moment où ils quittent la sécurité de la forêt), ou au contraire le matin, mais les horaires de rentrée sont variables.

    En été, il est bruyant mais très attentif aux bruits.

     

    Le sanglier se nourrit d’herbes dans les prairies, puis il creuse à la recherche de vers, d'insectes et de leurs larves, ainsi que de rongeurs.
    En été, il fréquente assidûment les cultures où il cause des dégâts.Afin de maintenir les sangliers en forêt, ils sont parfois agrainés pour qu'il n'aille pas se nourrir dans les champs. Les grandes chaleurs l’incitent à se souiller beaucoup. Le soir, dès qu'il quitte sa bauge, il va directement à une souille où, après s'être roulé dans la boue, il se frotte contre les arbres.

     

    En fin d'été, les laies ont parfois une deuxième portée. On peut observer à cette époque des compagnies nombreuses avec des sangliers de toutes les tailles et de tous les ages : laie avec leurs jeunes nés au printemps, ainsi que leurs marcassins nouveaux nés, mâles adultes et jeunes mâles.

     

    L'été est la saison idéale pour observer les sangliers. Les nuits sont courtes et les sangliers, qui passent beaucoup de temps, à se déplacer, se souiller et se nourrir s'activent souvent alors qu'il fait jour. Les chauds mois de la saison sont parfais pour affûter près des souilles, mais attention, les sangliers ont l'ouie et l'odorat extrêmement développés.  Il faut impérativement se percher dans un arbre pour qu'ils ne puissent nous sentir et resté silencieux ! On entend les compagnies arriver de loin car les bagarres entre individus sont fréquentes et se traduisent par des poursuites avec grognements et couinements, mais les solitaires arrivent sans un bruit, même sur un tapis de feuilles sèches ! C'est alors qu'il faut éviter le moindre bruissement que le sanglier distingue même alors que la forêt craque de partout sous le vent violent !  

     Bon à savoir : l’aide des professionnels

     

     

    La méthode la plus facile pour observer les sangliers, mais la moins naturelle consiste à suivre les sentiers où ils sont agrainés, ou de faire des affûts près des points de nourrissage. On peut demander au gestionnaire des forêts la localisation des sites d'agrainage.

     

    Les affûts dans les champs où on l'observait au printemps peuvent se poursuivre avec succès en été. Si l'on connaît un agriculteur, on peut lui demander de positionner une remorque dans les champs : elle fournira un excellent point d'affût, un peu en hauteur pour observer au dessus des cultures, et les animaux ne feront pas attention à un objet qu'ils ont l'habitude de voir.

     

     En automne, faire bombance

     

    Les sangliers prennent leurs livrées d'hiver : une bourre épaisse pousse sous les rudes soies noires à pointes rousses.
    Ils  profitent de l'abondance de nourriture pour faire des réserves de graisse pour l'hiver. En effet, à cette époque, la nourriture est abondante partout : dans les champs où l'extension des cultures de maïs lui fournit gîte et couvert, mais aussi en forêt où glands, champignons, châtaignes, et autres fruits de la forêt sont plus ou moins abondants selon les années. Une bonne nourriture automnale est importante car elle influence le rut et la reproduction. Dès le mois de novembre, les jeunes mâles sont évincés des compagnies de femelles et vivent en troupes de célibataires. Les sangliers dominants de la compagnie les empêchent d'approcher des laies durant tout le rut.  

     

    Bon à savoir : Guettez les charognes
    L'affût en lisière des champs de maïs est toujours d'actualité ; en fait, hormis en hiver, le sanglier peut être affûté dans les cultures toute l'année ! La présence de bottes de pailles ou de tas de betteraves fournit des affûts naturels auxquels les animaux sont habitués. L'affût aux souilles est aussi toujours satisfaisant.

    Les années de bonne glandée, l'affût dans les futaies de chênes peut donner de bons résultats. Il faut se percher sur une grosse branche pour neutraliser les odeurs.

    La découverte d'un animal mort, quelque soit l'espèce (animal accidenté par la route, mort suite à une blessure à la chasse, etc…) apporte l'opportunité d'observer le comportement charognard du sanglier. Faire l'affût rapidement, car les cadavres disparaissent très vite ! En effet, une compagnie dévore un cerf en une nuit ! 
     

    En hiver, des victoires de courte durée

    L'hiver est l'époque du rut. Les sangliers mâles adultes tournent autour des compagnies de femelles et guettent les femelles en chaleur.

    C'est l'époque où les vieux solitaires quittent leurs mystérieuses retraites pour se reproduire. La possession de la compagnie de femelles donne lieu à des combats entre mâles. Le vainqueur pourra se reproduire, mais les sangliers se déplacent beaucoup à cette époque, et chaque victoire n'est que provisoire !

    Fin janvier, le calme revient en forêt, les compagnies se reforment, composées des laies et des mâles qui ont maintenant rejoint le groupe.

    L'hiver est une période difficile pour les sangliers : la nourriture est rare, le sol gelé est difficile à fouiller, les vers et petits rongeurs sont enfoncés profondément dans le sol, hors de portée. 
     

    Bon à savoir :

    Au hasard des chemins…

    Les sangliers sont difficiles à observer en hiver. Ils se déplacent beaucoup, que ce soit pour la reproduction ou pour se nourrir. La chasse l'incite à changer régulièrement de cantons, et à se montrer encore plus prudent dans ses déplacements. Dans ces conditions, l'observation du sanglier dépend beaucoup du hasard et de la chance…

    La billebaude (promenade au hasard à la recherche des animaux) permet de prospecter de nouveaux secteurs, et parfois de faire de belles observations, car les animaux affamés, sortent parfois

     
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  • Vidéo d'une martre filmée dans une forêt du centre de la France alors que j'étais à l'affut des cervidés en fin d'été.



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    Les jumelles sont le compagnon inséparable du naturaliste. Elles permettent d’identifier l’animal trop loin pour l’oeil sans aide, d’observer lorsqu’il fait trop sombre pour nos yeux, ou d’analyser le comportement d’un animal à distance.

    Il est indispensable de choisir des jumelles de bonne qualité pour 2 raisons principales : des jumelles de mauvaise qualité abîment la vue, et elles se détériorent rapidement. Si de bonnes jumelles valent beaucoup plus chers, l’économie est réalisée à l’usage, car on peut garder toute sa vie des jumelles de qualité (souvent garantie 20 ou 30 ans), alors qu’il faut en général changer tous les ans, des jumelles payées un faible prix. Sans compter que l’usure des yeux est réelle et définitive avec des mauvaises optiques !

    Il existe des centaines de jumelles à tous les prix, de toutes les tailles, avec des grossissements variables, et choisir n’est pas évident, sachant qu’il n’existe pas de modèle idéal. Tout dépend de ce que l’on veut observer et du prix que l’on veut mettre. Enfin, avant d’acheter, il faut comparer les jumelles en regardant en dehors du magasin avec différents modèles, la différence est parfois stupéfiante !

    Cependant, on peut affirmer sans se tromper que le prix augmente en même temps que la qualité.

    Les jumelles qui remplissent les meilleures conditions sont de marque Zeiss, Leitz et Swarovski,  malheureusement, leur prix est proportionné à leurs performances.

     

    Principe optique

    Il existe de 2 types de jumelles différentes : les jumelles à prismes en toit (c’est à dire que l’axe optique de l’objectif et celui de l’oculaire sont alignés) et les jumelles à prismes décalés (l’objectif est décalé par rapport à l’oculaire). Les premières sont plus compactes que les secondes, sont totalement étanches à la poussière et à l’eau et possèdent souvent une mise au point interne, plus rapide et plus précise que les mises au point classiques.

     

    Grossissement

    Les jumelles sont référencées sous la forme suivante : 8 X 56, 10 X 40, 7 X 50, etc...Le premier chiffre indique le grossissement obtenu, et le second, le diamètre de l’objectif, qui va déterminer la luminosité de l’optique. Des jumelles 10 X 50, grossissent 10 fois, et ont un objectif de 50 millimètres de diamètres.

    Il ne faut pas choisir d’emblée un fort grossissement, car à moins d’utiliser un pied ou un appui, le « bougé » dû au tremblement de la paire de jumelles augmente en fonction de grossissement, et nuit donc à la qualité de l’observation.

    Plus le grossissement est puissant, moins la luminosité est forte (voir ci-après) et, plus le « champ » est petit  (voir ci-après).  Je conseille d’utiliser un grossissement de 7 à 10 fois. Avec un grossissement de 10 fois, vous verrez un animal situé à 100 mètres comme s’il était à 10 mètres.

    Il existe des jumelles zoom, c’est à dire que l’on peut faire varier le grossissement, malheureusement, elles sont souvent de piètres qualité et peu lumineuses.

     

    Pupille de sortie

    La pupille de sortie d’une paire de jumelles est le diamètre en millimètres de l’image de l’objectif donnée par l’oculaire. Ce chiffre s’obtient en divisant le diamètre de l’objectif par le grossissement. Par exemple, des jumelles 7 X 50 auront une pupille sortie de 7 millimètres (50 divisé par 7), soit autant que des jumelles 9 X 63 (63 divisé par 7) malgré un grossissement différent (7 fois pour les premières et 9 fois pour les deuxièmes).

    Le diamètre maximum de la pupille de l’observateur varie en fonction de l’âge. Il est de 8 millimètres chez l’enfant, 6 à 7 millimètres pour un adulte et baisse à 5 millimètres pour les personnes de plus de 50 ans. Pour un adulte, ce diamètre varie aussi en fonction de la luminosité ambiante : il est de 3 à 4 millimètres le jour et s’élargit à 7 millimètres lorsqu’il fait sombre.

     

    Indice de luminosité

    Il s’obtient en portant au carré le diamètre de la pupille de sortie. Pour des jumelles 10 X 40, il est de 16 (40 : 10)².

    C’est un élément  important à prendre en compte si l’on désire observer des animaux par faible luminosité ou même la nuit. Ainsi, les jumelles 7 X 70 ou 8 X 56 sont les plus lumineuses du marché. Avec des jumelles de ce type de bonne qualité, on peut observer des détails invisibles à l’oeil nu.

    La plupart des observations de mammifères se déroulant au crépuscule ou au lever du jour, il est nécessaire d’opter pour des jumelles lumineuses si l’on veut observer ces espèces.

    Attention, la qualité des verres utilisés, la précision du montage et le traitement multicouches qui recouvre les lentilles des jumelles et améliore le rendu des couleurs et le contraste, varie selon les marques. Ainsi des 10 X 40 d’une bonne marque sont souvent plus lumineuses que des 10 X 50 de qualité médiocre.

    Il est indispensable d’essayer des jumelles avant de les acheter (sauf pour des marques de haut de gamme où la qualité est connue et constante). Des distorsions d’images (les murs d’un immeuble paraissent courbes), la vision d’une image dédoublée, des reflets parasites, ou l’impossibilité de faire une mise au point nette sont des défauts rédhibitoires qui doivent faire renoncer à l’achat. Si possible, essayer les jumelles dans des conditions de luminosité défavorables (regarder dehors à la tombée de la nuit), des bonnes jumelles permettent de voir mieux qu’à l’oeil nu !

     

    Indice crépusculaire

    Le diamètre de l’objectif, associé au grossissement détermine la puissance crépusculaire des jumelles. On calcule l’indice de luminosité en portant au carré le grossissement multiplié par le diamètre de la lentille de sortie. Plus le chiffre obtenu est élevé, plus les jumelles sont capables de capter des détails sur des sujets peu lumineux.

    Par exemple des jumelles 10 X 50 ont un indice crépusculaire de 22, alors que des jumelles 8 X 56 à priori plus lumineuses, ont un indice crépusculaire de 21, car leur grossissement est plus faible. On voit donc que les performances des jumelles ne dépendent pas uniquement du diamètre des lentilles de sortie ou du grossissement, mais bien du couple « diamètre objectif/grossissement ».

     

    Champ

    Il s’agit de la portion de terrain visible dans l’objectif des jumelles. Le champ se calcule, soit en degré (peu pratique), soit en mètres. Dans ce cas, on détermine la largeur de terrain que l’on voit à 1000 mètres. Le champ de vision diminue quand augmente le grossissement des jumelles, mais chaque parie de jumelle à son champ propre. Les jumelles « grand angle » ont un champ élargi, ce qui est pratique, surtout lorsque le grossissement est important, pour trouver l’animal avec les jumelles (oiseau en vol se déplaçant rapidement par exemple).

     

    Distance minimale de mise au point

    Il est indispensable que les jumelles permettent une mise au point rapprochée (pour identifier les passereaux à courte distance, les reptiles, les micromammifères, les papillons, les libellules, etc..).

     

    Protection

    Certaines jumelles sont gainées de caoutchouc, ce qui les protège des chocs, préférez cette version.

    Enfin, les jumelles, même d’excellentes qualités sont des instruments optiques de grande précision, maniez les avec précaution, et transportez les dans un étui rembourré pour les protéger des chocs ; à la maison rangez dans un endroit sec, à l’abri des différences de températures.

    Protéger surtout les lentilles, car une fine rayure n’est pas gênante, il ne faut pas abîmer le traitement multicouche dont elles sont revêtues en utilisant des produits pour les nettoyer. Un ponceau suffit à retirer les poussières (pas d’aérosols d’air comprimé, qui envoient parfois des produits chimiques en plus...), et un chiffon sans aucun produit, (ou mieux du papier pour nettoyer les lunettes ou les objectifs photos) est largement suffisant.

    Des jumelles de marque ne nécessitent aucun entretien ni révision si elles sont traitées avec précaution.

     

    Poids

    Même si ce critère ne doit pas empêcher un achat de qualité, pensez que vous aurez souvent, si votre passion se confirme, les jumelles autour du cou toute la journée, voir tout un mois en cas de voyage naturaliste !

     

    Réglages

    Il faut commencer par régler une fois pour toute l’écartement des deux parties des jumelles, afin que le centre des oculaires soit en face de vos yeux (il ne faut pas coller les yeux aux oculaires), et que vous ayez une vision simple (pas d’image double).

    Ensuite, visez une objet à environ 50 mètres, un panneau écrit par exemple, et effectuez une mise au point nette pour votre oeil gauche (fermez l’oeil droit) avec la mollette de mise au point ; ensuite, fermez l’oeil gauche et ouvrez le droit et faites une mise au point avec le réglage de dioptrie de l’oculaire droit. Ouvrez les 2 yeux, vous pouvez observer à n’importe quelle distance en n’utilisant que la molette de mise au point centrale.

    Lors des sorties, on préréglera la mise au point en fonction de la distance probable d’observation. En règle générale, c’est vers l’infini que l’on effectuera ce réglage (oiseaux, mammifères), mais pour les reptiles et les petits rongeurs, on réglera la mise au point à la distance minimale, de façon à perdre le moins de temps possible à régler la netteté lorsque l’on verra l’animal recherché.

     

    Entraînements

    Afin de voir correctement et sans fatigue, il faut prendre l’habitude de ne pas coller les oculaires à se yeux, mais de les tenir à quelques millimètres. Il faut s’habituer à observer dans tout le champ que l’on peut voir, et non seulement au centre.

    L’observation d’un animal en mouvement (oiseau en vol, chevreuil au galop), nécessite un apprentissage afin de trouver l’animal dans les jumelles. Nous avons déjà vu que plus le grossissement est important, et plus le champ étroit, plus il est difficile de trouver ce que l’on veut observer. Il faut donc s’entraîner, avec des oiseaux en liberté, ou avec des avions dans le ciel ; une règle de base, ne jamais chercher avec les jumelles collées aux yeux, suivre l’animal avec ses yeux, et mettre ensuite ses jumelles devant soi.

     

     

    Quelques exemples de jumelles de jour le plus couramment

    utilisées par les naturalistes

     

     

    Type de jumelles

    Grossissement

    Pupille de sortie

    Indice de luminosité

    Indice crépusculaire

    8 X 30

     8

      3,7

      13,6

      15,4

    8 X 40

     8

    5

    25

      17,8

    10 X 40

    10

    4

    16

    20

    10 X 50

    10

    5

    25

      22,3

     

     

     

     

    Quelques exemples de jumelles de nuit le plus couramment

    utilisées par les naturalistes

     

    Type de jumelles

    Grossissement

    Pupille de sortie

    Indice de luminosité

    Indice crépusculaire

    7 X 50

    7

      7,1

    50

    18,7

    8 X 56

    8

    7

    49

    21,1

    9 X 63

    9

    7

    49

    23,8

     

     

    Quelques exemples de jumelles de haute qualité

     

    Modèle

    Indice crépusculaire

    Poids

    Prix indicatif

    Zeiss 10 X 40

     20

    760 g

    7170 F

    Habicht 10 X 40

     20

    690 g

    4900 F

    Leica 10 X 42

      20,5

    890 g

    9000 F

    Optolyth 10 X 40

    20

    595 g

    3300 F

     

    Modèle

    Indice crépusculaire

    Poids

    Prix

    Zeiss 7 X 42

    17,1

    870 g

    6970 F

    Habicht 7 X 42

    17,1

    680 g

    4300 F

    Leica 7 X 42

    17,2

    1350 g

    8500 F

    Optolyth 7 X 42

    17,1

    585 g

    3200 F

    Steiner 7 X 50

    18,7

    1075 g

    4000 F

     

    Modèle

    Indice crépusculaire

    Poids

    Prix

    Zeiss 8 X 56

    21,2

    1459 g

    8900 F

    Habicht 8 X 56

    21,2

    1220 g

    8900 F

    Leica 8 X 50

    20

    1150 g

    9900 F

    Optolyth 8 X 56

    21

    1050

    5600 F

    Steiner 8 X 56

    21,2

    1150 g

    5300 F

     

     

     

    Les jumelles d’astronomie

    Pour observer le ciel, les astronomes utilisent des jumelles très lumineuses et ayant un grossissement très important. Malheureusement, le poids et le prix sont très importants. Citons, les 15 X 80, les 20 X 80, les 14 X 100, les 20 X 100 ou encore, les 30 X 125 !

     

    Les monoculaires

    Les monoculaires sont des jumelles coupées en deux, elles sont moins pratiques pour l’observation, mais prennent moins de place.

    Des modèles miniaturisés tels les 8 X 21 ou 10 X 25 permettent d’avoir toujours dans sa poche un appareil permettant d’observer. Peu lumineuses, elles rendent cependant de bons services le jour, grâce surtout à leurs mises au point très rapprochées (Célestron et Tasco fabriquent des modèles de bonne qualité à prix intéressants).

    J’ai toujours sur moi des 8 X 21, (elles pèsent 80 grammes)  qui m’ont permit d’effectuer des observations intéressantes en ville par exemple, lorsque l’on a pas avec soi des jumelles plus performantes ; de plus serrés dans la main avec un lampe de petite taille mais puissante (type Pompier F 1), elles permettent d’effectuer des observations de nuit.

     

     

    Quelques monoculaires

     

    Modèle

    Poids

    Longueur

    Prix

     8 X 21 Célestron (Perl)

    80 g

    91 mm

    204 F

     10 X 25 Eagle (Paralux)

    94 g

    115 mm

    269 F

     6 X 16 Minox

    105 g

    81 mm

    490 F

     8 X 20 B-DS (Zeiss)

    77 g

    102 mm

    1393 F

     10 X 25 B-DS (Zeiss)

    88 g

    118 mm

    1569 F

     8 X 21 Docter

    80 g

    ?

    890 F

     Mini quick 5 X 10 (Zeiss)

    23 g

    ?

    790 F

     Tasco 8 X 21 GA

    100 g

    ?

    245 F

     Miniscope 8 X 22 (Steiner)

    85 g

    ?

    975 F

     

    Les longues-vues

    Lorsque l’animal que l’on observe est loin, ou si on ne veut pas le déranger, il faut utiliser une longue-vue ; il existe des longues-vues aussi lumineuses que des jumelles, avec des diamètres d’objectifs de 80 mm. L’avantage par rapport à des jumelles est que l’on peut changer les oculaires, et donc varier le champ et surtout le grossissement. Comme pour les jumelles, il existe des oculaires zoom. On utilise généralement un oculaire grossissant 20 fois et un autre 40 fois. Ce dernier amplifie fortement le bougé et nécessite l’emploi d’un solide trépied ; de plus, il est malaisé, lorsque l’on n’a pas l’habitude de trouver l’animal que l’on aperçoit à l’oeil nu à cause du champ étroit. Les longues-vues de bonne qualité disposent aussi d’une mise au point interne. L’observation de oiseaux au bord de la mer ou d’un étang, des animaux en milieu ouvert ou en montagne, est le domaine privilégié de ces instruments. On peut monter un appareil photo à la place de l’oculaire, grâce à un tube d’adaptation spécial.

    Il existe 2 sortes de longues-vues, celles à visées droites et celles à visées coudées ; les premières permettent de trouver (et de suivre) plus facilement l’animal que l’on désire observer, mais nécessite de monter le trépied très haut pour avoir la longue-vue à hauteur de ses yeux, les secondes, ont l’axe de visée incliné à 45°, et sont plus confortable lorsque l’on a l’habitude.

    Certaines longues-vues sont télescopiques, et prennent donc moins de place, d’autres acceptent en accessoire des moteurs pour effectuer la mise au point.

    Une des plus grandes marques d’optiques de précision, Zeiss vient de construire un appareil qui présente toutes les qualités : le monoculaire 20 X 60S à stabilisateur. Cette nouvelle monoculaire est l’extrapolation de la jumelle 20 X 60 à stabilisation. Grossissant 20 fois pour un objectif de 60 mm, cette lunette de forme ergonomique, se tient d’une seule main, ce qui permet de régler la mise au point et le dispositif de stabilisation d’image. Le champ de vision est de 50 mètres à 1000 mètres, et le poids de 1200 grammes. Grâce à sa forte puissance crépusculaire, il est possible d’observer par faible luminosité, sans trépied. Le système de suspension à cardan fonctionne mécaniquement, sans aucun élément électrique et permet d’observer avec un fort grossissement sans bouger ! Le prix est à la hauteur des performances, puisqu’il avoisine 20 000 francs.

     

    Les accessoires

    Il est confortable d’utiliser un pied lorsque l’on utilise une longue vue ou une parie de jumelle pendant un temps assez long. On peut aussi utiliser n’importe quel appui (mur, arbre, ses genoux) pour s’appuyer. Il existe un petit trépied de poche faisant de plus usage d’étau, avec rotule et pas de vis, permettant de fixer ses jumelles partout (Kettner). On trouve aussi des systèmes pour fixer ses appareils sur la vitre de la voiture, mais il est aussi simple de poser directement son matériel sur la vitre en la baissant à la hauteur désirée. Il existe un accessoire permettant de fixer une paire de jumelle sur un pied.

     


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  • L'homme moderne n'est pas habitué à se déplacer ou à travailler dans l'obscurité. La nuit, il se sent gêné s'il doit effectuer des tâches nécessitant de la précision.

    Il existe des appareils permettant devoir la nuit en éclairant avec des éclairages infrarouges, invisibles à l'œil nu. Cependant, en l'absence de tels appareils (dont l'utilisation est désormais interdite dans plusieurs pays), il est possible  de voir la nuit, car l'œil peut s'adapter à l'obscurité relative de la nuit, même en l'absence de la lune.

     

    1) Bases anatomiques et physiologiques de la vision

     

    La vision est une sensation qui manifeste la présence des corps, et donne la notion de leur forme et de leur couleur.

    La présence d'un excitant, la lumière, et d'un organe destiné à recevoir la vision sont nécessaires.

    L'œil est composé de :

    -         La rétine, terminaison nerveuse du nerf optique, elle reçoit une image inversée qu'elle transmet au cerveau en la redressant.

    -         L'iris, fait office de diaphragme pour régler le débit du flux lumineux passant à travers la pupille.

    -         Le cristallin, règle la mise au point pour que l'image soit nette.

     

    Bases anatomiques

     

    La rétine, qui reçoit l'image observée, possède 2 types de cellules sensorielles qui sont totalement différentes:

    -         Les cellules cônes : au nombre de 7 millions, elles occupent seules la région maculaire centrale (située au centre du fond de l'œil) et diminuent en allant vers la périphérie rétinienne puis disparaissent. 

    Les cônes servent uniquement à la vision diurne, et procurent la vision des couleurs et du relief.

    -         Les cellules bâtonnets : beaucoup plus nombreuses que les cellules cônes, les cellules bâtonnets sont au nombre de 130 millions. Absent dans la région maculaire, ils deviennent prédominants, puis exclusifs vers la périphérie rétinienne.

    Les bâtonnets servent à la vision nocturne d'où les couleurs sont exclues, et dont l'acuité ne peut dépasser 1/10e.

     

    Bases physiologiques

    L'adaptation de l'œil à l'obscurité a pour effet d'enrichir les bâtonnets d'une substance chimique photo sensible appelée le "pourpre rétinien", indispensable à son fonctionnement.

    La lumière détruit le pourpre rétinien ; les bâtonnets perdent alors leur sensibilité et ne retransmettent plus les impressions lumineuses au cerveau.

    La nuit ou la lumière rouge régénèrent la sensibilité des bâtonnets, alors qu'elle n'impressionne pas suffisamment les cônes.

    Par contre, lorsque de nuit, l'œil reste fixé sur un objet, l'activité des bâtonnets décroît rapidement.

     

    2) La vision nocturne

     

    Adaptation

    Lorsque l'œil passe brusquement de la lumière à l'obscurité, il reste aveugle un certain temps. Pour s'adapter aux nouvelles conditions lumineuses, l'œil doit régénérer le pourpre rétinien, ce qui demande 20 à 40 minutes selon le degré d'éclairement auquel il a été soumis précédemment. Cette rapidité est d'autant plus grande que l'éclairage a été faible.

     

    Vision décentrée

    De jour, on porte habituellement son regard dans la direction de l'objet à observer, cependant, si on opère de la même façon la nuit, on ne verra rien, car la zone maculaire, située au centre du fond de l'œil, est aveugle la nuit, et ne peut donc transmettre des images.

    Pour obtenir une vision nocturne, il faut diriger son regard au voisinage de l'objet à observer : l'image se formera sur la région paramaculaire, riche en bâtonnets sensibles dans l'obscurité, et pourra être transmise au cerveau.

    La vision la meilleure sera obtenue en déplaçant l'axe visuel de 6 à 10° par rapport à la direction de l'objet.

     

    Balayage

    De nuit, la fixité du regard fatigue l'œil, qui devient aveugle. Pour éviter cet inconvénient, le regard doit balayer la région située autour de l'objet à identifier, en limitant la durée des arrêts.

     

    Interprétation

    En vision diurne, le cerveau est habitué à recevoir des images aux contours bien définis et aux couleurs vives, alors qu'en vision nocturne, les couleurs sont abolies, le relief est atténué et la netteté des images affaiblie.

    Cela nécessite un entraînement à interpréter correctement les images imprécises reçues en vision nocturne, sans laisser libre cours à son imagination.

     

    Entraînement

     

    Il ressort de ces informations qu'il faut laisser ses yeux s'habituer à l'obscurité avant de faire une sortie nocturne, s'entraîner à rester dans le noir et à observer.

    Lors de l'observation proprement dite, respecter les conseils donnés ci-dessus.

    Plus on observe de nuit, et plus on voit mieux, il faut donc multiplier les séances d'observations.

    La vitamine A, appelée aussi rétinol, est nécessaire à la production du pourpre rétinien. Des expériences effectuées par des militaires ont montré que les sujets soumis à un régime fortement vitaminé ont acquis une vision nocturne accentuée.

    On trouve la vitamine A essentiellement dans les aliments d’origine animale, notamment dans le foie, mais aussi dans les plantes et légumes verts (carottes, tomates, pommes de terre, épinards, bananes, etc.…)

     

     

    3) L'observation des animaux la nuit

     

    La connaissance précise de tous les éléments présents sur le terrain apporte une aide précieuse pour les observations nocturne. Cette connaissance doit être acquise de nuit, de façon à connaître tous les détails de la zone à observer, ce qui permet d'identifier plus facilement les animaux que l'on recherche.

    Les milieux ouverts (clairières, prairies, champs, allées forestières) sont les endroits où la visibilité est la meilleure.

    Pour accéder aux zones d'observation sans éclairer, on peut poser des marques servant à se diriger. Cela peut être des pierres de couleur claire, voire de petits rubans blancs accrochés aux arbres. Il faut être prudent dans l'utilisation de ces jalons car les animaux les remarquent très bien eux aussi.

     

    Après avoir passé un grand nombre de nuits en forêt de Fontainebleau, ainsi que dans pas mal d’autres forêts européennes, je vais donner modestement quelques conseils à ceux qui voudraient, comme moi, observer les animaux nocturnes.

     

    En règle générale, pour les grands animaux, il faut se cacher en milieu fermé (dans un arbre de préférence pour les odeurs) en lisière, et observer dans un milieu ouvert (clairière, friche, champs).

    La nuit noire, celle où ne voit rien, n’existe que dans les sous-bois denses, ou dans les futaies profondes, alors que dans les milieux ouverts ou les lisières, on arrive toujours à voir quelque chose.

    Bien sur, il faut laisser ses yeux s’habituer à l’obscurité (compter 20 minutes sans éclairage, et au moins 2 heures pour avoir le maximum d’acuité), et plus on fait de sorties, mieux on voit... Le mieux est de s’installer à la tombée de la nuit et d’attendre, les yeux s’habituent ainsi progressivement à la nuit. En fréquentant régulièrement les mêmes secteurs, on « connaît » les ombres faites par les arbres, bosquets, etc... ce qui évite de perdre du temps à voir si ce n’est pas un animal.

     

    La lune n’est pas la complice du naturaliste comme on pourrait le croire. C’est une traîtresse qui, même si elle éclaire comme en plein jour les nuits où elle est pleine,  révèle notre propre ombre aux animaux ! Préférer lorsqu’elle est à moitié, on voit suffisamment et on peut mieux masquer son ombre. Il faut connaître ses heures de passage dans le ciel et préparer ses affûts en conséquence. A condition que des nuages ne la masquent pas...

     

    L’été les nuits sont courtes et on a plus de chance de voir les animaux nocturnes avec un peu de lumière, les moustiques gênent un peu, mais l’hivers, c’est le froid qui dérange...

     

    Les animaux nous repèrent grâce à leurs sens, et nous faisons de même :

    On sent les cerfs pendant le brame, le renard au rut, le sanglier...en toute saison, mais les bêtes nous sentent aussi (à moins de passer plusieurs jours en forêt sans se laver, ou de roder à cheval car il masque notre odeur, ce qui permet d’approcher les animaux de très près...). Il existe des produits « destructeurs d’odeurs » qui masquent notre odeur, on peut ajouter des produits émettant une odeur d’humus. Cela évite de se soucier du vent, et permet donc des approches plus directes et des affûts plus efficaces, à condition de ne pas avoir peur d’une compagnie d’une vingtaine de sangliers qui vous encercle à 2-3 mètres !

     

    On entend les cerfs au brame, les renards au rut, etc. ainsi que les déplacements des animaux qui nous entendent eux aussi. Les nuits humides rendent les feuilles souples et dans ce cas, on peut se déplacer dans bruit.

     

    Il faut évidemment s’habiller de vêtements sombres (noter comme on distingue par nuit noire les bandes blanches de la tête du blaireau), ne faisant pas de bruit lorsque l’on bouge (éviter les fermetures éclairs… et les vêtements en nylon).

    Les vêtements camouflés avec des motifs réels sont très efficaces.

     

    Il est indispensable d’avoir des jumelles, non seulement très lumineuses, mais aussi de bonne qualité.

    Par nuit noire, on peut utiliser des jumelles à éclairage infrarouge, mais ces systèmes sont désormais interdits d’utilisation (sauf autorisation spéciale) en France.

     

    Voici quelques récits d’observation de mammifères la nuit :

     

     

    Forêt de Fontainebleau, champs en lisière nord de la forêt de Fontainebleau :

    Cachés dans un gros chêne en lisière des champs, à faible hauteur, j’ai observé 3 cerfs en velours sortir de la forêt, après beaucoup d’hésitations. J’avais repéré les coulées il y a quelques jours et j’avais laissé passer une semaine pour qu’ils oublient l’odeur laissée par mon  passage.

    J’attends encore une heure qu’ils viandent tranquillement et je descends de mon arbre. La lune est à demi pleine, je vois parfaitement les cerfs dans mes jumelles, car le blé n’est pas encore très haut. Je décide une approche en rampant, les cerfs se découpant sur le ciel je peux mieux les voir. Le vent est pour moi, j’approche en me glissant lentement, puis je m’arrête car un cerf vient dans ma direction. Il s’arrêtera à moins de 5 mètres ! Plus besoin de jumelles, je distingue nettement ses mâchoires remués et broyer les végétaux, je l’entends mâcher ! Puis il continue son chemin et passe à moins d’un mètre de moi…je m’enfonce le plus possible dans la terre…Il s’éloigne, il ne m’a pas vu.

     

    Forêt de Fontainebleau, sud de la forêt de Fontainebleau :

    Je m’assois en lisière de clairière, près d’une place de brame, après m’être enduit de destructeur d’odeur. La nuit est sombre car le temps est couvert, les cerfs se déplacent beaucoup. Le maître de la place, un grand cerf portant 14 cors s’énerve et fait le ménage, pourchassant tous les cerfs hors de la clairière. Mais plus de 10 cerfs tournent autour de la harde de biches, et quand il en pourchasse un, d’autres arrivent ! Les yeux révulsés, le grand cerf brame de colère, et court après un jeune cerf qui passe devant moi. Alors, le 14 cors s’arrête et regarde dans ma direction, il a du me distinguer dans la pénombre. Il marche sur moi en bramant, s’arrête pour casser quelques branches avec ses bois imposants. Je ne bouge pas, il s’arrêté à 3 mètres de moi, et lance un brame rauque ! Excité, ils laboure le sol de ses merrains puissants et me regarde ! Le cœur battant, je commence à chercher dans quel arbre je vais me réfugier, quand après un long moment, il repart vers sa harde. Un peu tremblant, je continue mes observations !

     

    Slovénie :

    En milieu d’après-midi, je m’installe dans un observatoire à une dizaine de mètres de hauteur.  Lorsque la nuit tombe, je suis fin prêt à rester immobile sans bruit, car même à cette hauteur, l’animal que je viens guetter peut me détecter, tellement ses sens sont aiguisés.

    La nuit est désormais tombée, mais la lune éclaire bien. Une chouette de l’Oural chante dans le pin d’à coté, et je peux l’apercevoir à travers les branches, des loirs courent sur le toit du mirador en criant.

    Des hérissons et une bande de sangliers dévorent bruyamment le cheval mort déposé par mon ami le garde au pied du mirador.

    Les grognements et couinements des sangliers ne m’empêchent pas d’entendre un léger bruit de branches cassées. Soudain, un soufflement rauque retentit : les sangliers s’immobilisent et cessent tout bruit. Un deuxième grognement encore plus puissant, déchire le silence, alors les sangliers se sauvent bruyamment dans un bruit de branches cassées et de couinements de peur.

    Alors, majestueusement, un énorme ours sort des fourrés et vient tranquillement dévorer la carcasse. Je dirige lentement mes jumelles vers lui et l’observe. Avec sa puissante mâchoire, il arrache une patte de la charogne et s’enfonce dans les fourrés, à l’abri pour la dévorer. Je l’entends broyer les os, mais je ne le vois plus… Plus tard, une ourse et son ourson viendront, mais ils ne mangeront que le maïs égrené pour eux. Au total, 5 ours passeront sous mes yeux cette nuit là…

     

    Espagne. Asturies :

    Le réservoir du barrage était vide. En prospectant avec un puissant phare, j’avais observé plusieurs loups, mais ils avaient fuis, effrayés par l’éclairage.

    Je décide un affût, et je m’installe en fin d’après-midi, caché sous un filet de camouflage, derrière une souche et j’attends. Quelques heures après, la nuit arrive, le froid est glacial et je scrute dans mes jumelles infrarouges. Soudain, ils sont là, une bande de 4-5 loups, qui recherchent les poissons morts suite à la vidange du lac. Je les observe longuement. Ils mangent tout ce qu’ils trouvent, même de petits animaux. Puis,  ils s’éloignent, prospecter d’autres secteurs…

     

    Enfin, je ne saurais trop conseiller la lecture de mon ouvrage « Le guide du naturaliste » (Les Editions du Puits Fleuri. Lustrat P., 2000) qui donne tous les conseils pour l’achat du matériel pour observer la nuit (jumelles) et qui explique les différentes techniques d’observations nocturnes.

     

     


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